W

W est un collectif de recherche sur l'action en représentation.

 

W développe simultanément trois approches complémentaires : une pratique, une critique, et une théorie

 

W produit notamment des jeux, un précis de notions opératoires, des stages et sessions pratiques, des séminaires critiques, un logiciel d'écriture de partitions, ainsi que divers articles et conférences

 

Pratique W

La pratique W travaille à construire et à expérimenter des outils pour l’action en représentation, c'est-à-dire toutes les situations où on agit devant quelqu'un.

 

Le premier outil, le précis W, est un lexique opératoire qui propose de nommer les différents aspects d’une action performée. 

 

Le deuxième outil, la notation W est un système de notation permettant d’écrire et d’articuler l’action sous forme de partitions. 

 

Le troisième outil, la méthode W, consiste en un assortiment de techniques variées pour la performance. 

 

Ces outils s’élaborent et se transmettent au cours de sessions de recherche réunissant différents praticiens de la performance. Ils se pratiquent aussi sous la forme de jeux dans lesquels l’activité de l’acteur, du dramaturge ou de l’auteur est formalisée pour devenir un objet spécifique du travail.

 

 

 

— Mesdames et messieurs, le goupillon pour cette partie sera le mot "virtuel". 

 

(Première manche)

 

— Aujourd'hui, j'ai fêté mon millième ami sur Facebook. 

— Moi je n'en ai que 18, mais parmi lesquels Julien Coupat.

— J'ai : Ayrton Senna, Bernard Menez, Liv Taylor et Joey Star.

— L'autre jour, Jean-Luc Mélenchon a demandé à être mon ami… 

— Je vois que vous avez une vraie vie sociale virtuelle.

— Oui, surtout avec le bétail. Les coûts de vaccination sont énormes. 

— C'est vrai que Rachel était absente ce jour-là. Sinon elle lui aurait remonté les bretelles.  

— Pourquoi, ce n'est pas la plus haute du monde ?

— Si, mais elle a cru naïvement qu'en passant à la télé elle regagnerait son amour…

— J'ai eu ce problème aussi quand je vivais en Afrique ; ce qui est moins drôle, c'est que j'en ai encore des séquelles. 

— Ça se voit mon vieux : toutes les finitions sont bâclées, c'est limite du sabotage. 

— C'est clair. Mais il est bien meilleur acteur chez Coppola que chez Scorsese…

— Alors c'est vraiment méchant, un chien-loup ?

— Oh, c'est selon. J'en ai connus qui se seraient damnés pour goûter à mon mille-feuille.

— Quelle idée aussi d'aller travailler dans une armurerie...

— C'est sûr… Si c'était à refaire, je n'hésiterais pas à lui dire que la mélancolie est une maladie et non pas un coup de blues.

— Mais si la première dame du pays est… un homme ?

— Alors c'est différent. Dans ce cas précis il faut le changer radicalement d'environnement sensoriel, par exemple en repeignant les barreaux de sa cage en bleu. 

— Oui, c'est ce que j'ai fait moi-même. En revanche, je n'ai pas pu m'empêcher de réécrire les paroles...

— Je te reconnais bien là. Ça me rappelle mon cousin Julien : tout le monde croyait qu'il serait ingénieur, et finalement il est devenu menuisier...

— C'est comme dans le 5ème quatuor à corde de Bartok : la symétrie est quasiment parfaite. 

— Ouais… Mais je crois quand même qu'on a fait une erreur en invitant son épouse.

— Tombeau !

— Ouvrez le tombeau. 

— "Première dame" et "épouse"

— Tombeau. Veuillez relancer le goupillon s'il vous plaît. 

 

 

 (Deuxième manche)

 

— Lou, tu as vraiment Joey Star comme ami Facebook ? 

— Oui, et aussi Alain Badiou.

— Ce n'est pas ce type qui travaille sur le paradigme actuel/virtuel ?

— Non, lui c'est Captain Kickass. Enfin, c'est comme ça qu'on l'appelle à Washington…

— Mais je me demande : si ton père change de sexe, est-ce qu'il devient ta mère ?

— Oh tu sais, moi j'ai toujours eu un faible pour les Raëliens. Je les trouve émouvants.

— Moi aussi, mais sur la question de la traduction je préfère quand même Derrida. 

— Viviana, tu es pénible avec tes cigarillos, ça pue vraiment.

— Désolé de te contredire, mon cher, mais Giotto ça vient après Cimabue.

— À moins qu'on meure très très jeune ?

— Peut-être, mais tu aurais dû regarder la deuxième saison : c'était de loin la meilleure.

— Tu crois ? Grégory me disait pourtant qu'il était contre la chasse. 

— Demande aux Colombiens, eux aussi ont payé leur tribut au néolibéralisme.

— Cela dit, la nuit, quand les nuages passent doucement dans le ciel, j'adore écouter son chant.

— Oui, moi aussi. Par contre je n'ai jamais pu me faire à la couleur beige ; je trouve ça vraiment trop bourgeois pour des rideaux…

— Les amis, je crois que j'ai le chikungunya.

— Tu veux dire que tu l'as appris par cœur ?

— Ça ne m'étonne pas que tu dises ça, tu as toujours été sentimental.

— Jeanne, la manif de tout à l'heure, c'est pour quoi ?

— C'est simple : tu prends un moteur de tondeuse à gazon, et tu le retournes. Tu serres les deux boulons arrières avec une clé de 8 et le tour est joué. 

— Il ne faut pas rajouter aussi un soupçon de piment ?

— Non, je crois que c'est juste un problème d'orientation.

— Joris, tu as déjà fait l'amour avec une culturiste ?

— Oui, c'est le jour où ma grand-mère a pris feu.

— Je n'ai toujours pas compris comment on en était arrivé à parler espagnol.

— Tombeau !

— Ouvrez le tombeau. 

— "Colombiens" et "parler espagnol"

— Tombeau. Veuillez relancer le goupillon s'il vous plaît. 

 

 

 (Troisième manche)

 

— Encore une heure à ce rythme, et nous pourrons postuler à l'OuPerPo. 

— J'ai la tête complètement retournée.

— Je commence à penser à l'envers. 

— C'est toute la vertu de ce jeu.

— Est-ce qu'il y a un rapport entre vertu et virtuel ?

— Je ne sais pas, j'ai fait la réclamation mais avec la SNCF ça prend toujours des semaines...

— Comme tu veux. Au cas où, il y a un pull dans le placard. 

— Merci. Je vous signale que le monument de Croix-aux-Mines est enregistré, ce qui met fin à la liste des communes commençant par C.

— Bonne nouvelle pour la gauche !

— Oui, c'est vrai, il est assez fille-facile, comme garçon.

— Hé-hé, tu vois, Valentina, ça n'arrive pas que le dimanche…

— Tu veux dire que la langue maternelle est un piège ?

— Non, c'est une plante tout ce qu'il y a de plus verte.

— Il paraît que ce sont les sondes de navigation qui ont été la cause des récents accidents d'avions. 

— Tombeau !

— Ouvrez le tombeau. 

— "SNCF" et "avions". 

— Tombeau refusé. Veuillez relancer le goupillon s'il vous plaît. 

 

 

 (Quatrième manche)

 

— Vous ne trouvez pas qu'il fait un peu chaud ?

— On étouffe, tu veux dire. 

— Il nous faudrait des rafraîchissements. 

— Il faudrait nous plonger dans un environnement virtuel de glace et de neige.

— Ce serait une nouvelle chance pour la démocratie participative. 

— Nariman, c'est vrai que Jan gagne sa vie en vendant du ginseng frelaté ?

— Pourquoi, il t'a pris pour quelqu'un d'autre ?

— Oui, un jour j'ai été convoqué par le CPE parce que je m'étais mis tout nu en SNV.

— 3 tonnes pour 100 mètres ! Quand même !

— Ça me fait penser à Paul Claudel, à cause des piliers de Notre-Dame. 

— Mais le matin, ce n'est pas possible de vomir… En tout cas moi je n'y arrive pas. 

— Allumez la télé, il y a Depardieu qui fait de la pub pour une sauce tomate.

— Je n'y connais rien, mais on dirait plutôt un pulsar. 

— Je ne sais pas, tu n'as qu'à essayer le scooter...

— Adrien, toi aussi tu as un père autoritaire ?

— D'une certaine manière, mais je n'ai pas réussi à monter dessus avant l'âge de 21 ans. 

— C'est à cause du réchauffement climatique.

— Il avait un petit singe de compagnie : un gibbon je crois. 

— On m'a dit que tu t'étais coupé l'oreille, pourquoi t'as fait ça ?

— Parce qu'elle m'a invité à son mariage, et que je n'avais pas de costume trois-pièces.

— Tu veux bien me donner un cours de tango ?

— Non, c'est toute cette métaphysique grandiloquente qu'il faudrait éradiquer.

— Sans rire, tu crois vraiment qu'il a donné son sang à la scientologie ?

— C'est bien possible. On peut s'attendre à tout avec Alliot-Marie. 

— Quand ça monte, il faut s'arrêter un moment, puis recommencer tranquillement. 

— Tu veux dire que ton amant te l'a tatoué lui-même sur la poitrine ?! 

— Pour ma part, je ne suis jamais allé aux Antilles, j'aimerais bien. 

— Moi aussi, mais je croyais que c'était un effectif de plusieurs dizaines…

— Non, c'est la part du prophète Élie. On ne t'a rien appris au catéchisme ?

— …

— Le muet prend le pot. Veuillez relancer le goupillon s'il vous plaît. 

 

 

(Cinquième manche)

 

— Constantin, tu as avancé sur le site W ?

— Moyennement. J'ai pas eu beaucoup de temps ces temps-ci. 

— Pour ceux qui l'ignorent, Constantin est un éminent webmaster. Un maître du virtuel.

— Pas tout à fait : en réalité, c'est un poisson de rivière. 

— En tout cas, elle ressemble beaucoup à Lady Gaga, non ?

— C'est exactement ce qu'on appelle un film de genre. 

— Sauf qu'en général je porte une casquette…

— Et toi, Lou, tu manges du porc ?

— J'ai juste décidé de ne plus me raser la barbe, c'est tout

— A cause du ski nautique ? Tu n'avais pas la licence ?

— Oui, j'ai surpris des gens qui faisaient l'amour dans mon lit.

— Comment c'est possible avec une seule main ?

— En 1964. Mais il n'a jamais revendiqué l'attentat.

— Je comprends. Hier soir, c'était La Symphonie fantastique et tout le village était là. 

— Ah bon ? En Egypte alors ?

— Je croyais que tu venais voir l'expo...

— Non… J'ai été mariée une fois, mais lui ne le savait pas.

— Ça t'est déjà arrivé, Grégory ? Avec les fourmis rouges et tout ?

— Oui, mais c'est surtout dur pour son père, sa hernie ne lui laisse pas le moindre répit.

— Je ne crois pas, il a commencé le judo à trois ans. 

— Il paraît qu'à cette époque, les orgies étaient monnaie courante

— Tombeau !

— Ouvrez le tombeau. 

— "Faire l'amour" et "orgie". 

— Tombeau. Veuillez relancer le goupillon s'il vous plaît. 

 

 

(Sixième manche)

 

— Constantin, c'est comment de travailler pour Jeanne et Joris ?

— En tout cas, j'attends toujours l'avance qu'ils m'ont promise. 

— Mais tu sais, on a des problèmes de liquidité. L'association est en état de faillite virtuelle.

— Déjà ? Je croyais que ton train avait du retard à cause de la grève des cheminots. 

— Non, d'après Dumézil, c'est au Moyen-Âge que ça a vraiment commencé. 

— Mais j'ai des souvenirs noirs...

— Attention quand même à ne pas te brûler. 

— Tu fais quel genre de yoga, Cecilia ?

— Cela s'appelle L'insurrection qui vient. C'est publié à La Fabrique. 

— Mais nous sommes bien plus de 343 salopes !

— Viviana, c'est pas un peu hégélien, comme remarque ?

— Si tu veux, mais à ta place je ne m'approcherais pas trop près de ses petits.

— Pourquoi, il conteste la Résurrection ?

— C'est surtout qu'on ne voit pas bien comment il a pu gagner tant d'argent en si peu de temps…

— C'est comme mes voisins du dessus : ils jouent beaucoup aux dames.

— Comment tu peux savoir ce qu'il se passe dans le cœur de ta grand-mère ?

— Oh, tu sais, les années 70 sont très surestimées, à mon avis. 

— Et à la piscine, ça ne te pose pas de problème ?

— Non, ça commence toujours par ce genre de phrase : "Chers compatriotes..."

— Et ça finit toujours par une publication dans Science ou dans La Recherche...

— Vendredi, un intérimaire est mort dans un broyeur à viande.

— Mon père a fait beaucoup de football quand il était adolescent.

— Tu veux dire que tu n'as pas dormi depuis trois jours ?

— Je réfléchis trop, parfois ; cela me vaudra des ennemis. 

— Tu as aussi des problèmes de cheveux, on dirait ?

— Comme toujours dans ce genre de jeu...

— Et voilà : la foule est dispersée à coup de lacrymo et de canons à eau. 

— Tombeau !

— Ouvrez le tombeau. 

— "Insurrection" et "foule dispersée à coup de lacrymo et de canons à eau"

— Flambeau !

 

 

(Ce texte a été écrit à partir d'une partie de Tombeau jouée en clavardage le dimanche 13 et le mardi 15 septembre 2009. Y ont participé : Lou Forster, Viviana Moin, Valentina Desideri, Cecilia Bengolea, Adrien Bardi Bienenstock, Grégory Castéra, Constantin Alexandrakis, Lenio Kaklea, Nariman Hatami, Joris Lacoste et Jeanne Revel).

 

Une partie de Tombeau

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