W

W est un collectif de recherche sur l'action en représentation.

 

W développe simultanément trois approches complémentaires : une pratique, une critique, et une théorie

 

W produit notamment des jeux, un précis de notions opératoires, des stages et sessions pratiques, des séminaires critiques, un logiciel d'écriture de partitions, ainsi que divers articles et conférences

 

Pratique W

La pratique W travaille à construire et à expérimenter des outils pour l’action en représentation, c'est-à-dire toutes les situations où on agit devant quelqu'un.

 

Le premier outil, le précis W, est un lexique opératoire qui propose de nommer les différents aspects d’une action performée. 

 

Le deuxième outil, la notation W est un système de notation permettant d’écrire et d’articuler l’action sous forme de partitions. 

 

Le troisième outil, la méthode W, consiste en un assortiment de techniques variées pour la performance. 

 

Ces outils s’élaborent et se transmettent au cours de sessions de recherche réunissant différents praticiens de la performance. Ils se pratiquent aussi sous la forme de jeux dans lesquels l’activité de l’acteur, du dramaturge ou de l’auteur est formalisée pour devenir un objet spécifique du travail.

 

 

 

Le bloc est né à l’automne 2003, au croisement d’un texte de Joris Lacoste (Comment faire un bloc, Inventaire/Invention, 2005) et d’une pratique collective qui consistait souvent à courir à plusieurs vers un lieu public pour y prendre la parole. Il arrivait que la course fut aisée mais la parole difficile à prendre: parler ensemble, c’est-à-dire non pas tous à la fois mais chacun pour le compte de tous, sans ordre prémédité, en conservant souplesse et disponibilité à l’événement, s’avérait un exercice parfois cahotique. Il avait fallu apprendre à improviser une parole adressée qui, à mesure qu’elle se constitue, fabrique un discours; à parler en nombre comme on court nombreux dans la rue.

 

Le groupe assez hétérogène qui à l’automne 2003 assiste à la naissance du bloc était parti avec l’idée de travailler «sur» (comme on dit) un texte. La plupart des participants ont aussi les jambes pleines de ces courses qui ressemblent à des discours et qui débouchent invariablement sur des discours qui ressemblent à des courses. À la question posée par le texte, il est répondu en plaçant cinq chaises alignées derrière cinq micros; asseyant cinq personnes sur les chaises; en parlant à cinq voix de quelque chose que l’on ne connaît pas, dont on n’a pas la moindre idée, et que l’on découvre au moment où cela se formule.

 

Le bloc ne requiert aucune technique particulière; il réclame un penchant pour la platitude, un goût de l’écart minimal, un estomac d’autruche et une certaine aptitude à la déprise. Le bloc est l’ennemi de la bonne idée, du solo, du coup d’éclat, de la préméditation et en général de toute tentative de maîtrise, de fixation ou d’appropriation du discours. Le bloc est un dispositif stable servant à produire un discours instable. Le bloc est un dispositif qui vous assure contre la peur du vide, l’envie de briller, le désir de distinction, la complicité de classe. Le bloc est un dispositif suffisamment sommaire pour être à l’épreuve de la représentation. Le bloc ne représente rien et vous préserve, pour peu qu’on y observe quelques règles simples, de représenter quoi que ce soit. Le bloc est une conférence improvisée qui travaille à la construction d’une énonciation collective.

 

Depuis 2003, le bloc a connu différentes vagues d’activité, entrecoupées de périodes de silence. Il a servi à prendre des décisions, à produire des textes de spectacle, à négocier des choses très difficiles à obtenir, à écrire des textes critiques, ou tout simplement à sa propre pratique; il a été montré en public, installé dans des halls d’institutions, mis à contribution au cours d’ateliers avec des étudiants ou des performeurs. Il s’est proposé comme objet de spectacle (à regarder), ou comme dispositif ouvert (à pratiquer). Chaque fois qu’a lieu un bloc, un greffier en bout de table note ce qui se dit. C’est à partir d’un corpus de 35 de ces textes écrits entre octobre 2003 et novembre 2004 que nous avons tenté d’extraire ce que nous avons reconnu, dans une sorte d’après coup, comme des tactiques de relais entre les différentes répliques qui composent le discours du bloc.

 

Loin de se vouloir un  manuel (prescriptif) du parfait bloqueur, ce répertoire empirique ne prétend à rien d’autre qu’à donner corps à la liste nécessairement sèche des quinze règles formelles, à l’usage des nouveaux participants.

 

 

 

Se fondre dans le paysage

Comment commencer? La règle1 donne l’enjeu; la configuration spatiale donne le code: grosso modo celui de la conférence de presse, de la rencontre publique, de la présentation plus ou moins formelle, de la communication officielle. C’est un dispositif qui d’emblée dicte aux joueurs certaines modalités de parole: oralité assumée, discours adressé, circulation fluide et informelle.

 

C’est un genre de dispositif qui pourrait servir à l’explicitation de problèmes, à l’exposition de faits méconnus, à l’élucidation d’événements complexes, au rétablissement de vérités, au désamorçage de polémiques, à l’expression de revendications, à l’annonce de candidatures ou de coups d’État, à la présentation de projets culturels ou de programmes politiques, au lancement de nouveaux produits, à l’inauguration d’institutions officielles, au dévoilement de grandes entreprises, à la remise de prix et de palmes.

 

Ici on n’en retiendra que sa dimension opératoire: il ne vient prescrire aucun contenu, il détermine seulement un certain type de relation avec le public:

 

– Bonjour 

– Notre voix paraît un peu étouffée aujourd’hui. Ah.

– Ça va mieux comme ça. Ah.

– Est-ce que ça va mieux ? Nous avons l’impression de parler dans une caverne, est-ce que vous m’entendez ? Ah. 

– On peut dire dans une caverne, ou dans une soute, ou un bac en plastique, ou un coffre à bagages, mais on pourrait dire aussi que nous sommes dans la malle derrière le coussin

– Ou dans une installation de Bill Viola

Bloc du 31 octobre 2004 à 16h30

 

 

Prendre la parole

 Comme l’indique la règle 8, le bloc n’a jamais d’objet ou de thème a. Il s’attache à parler de quelque chose qu’il ne connaît pas et qu’il découvre à mesure qu’il le dit: ce n’est souvent qu’au moment de conclure que le bloc comprend de quoi il est en train de parler. La règle stipule qu’il faut «partir de la situation présente». En quoi la situation peut-elle induire un contenu? On ne cherchera pas à impressionner par une réplique initiale particulièrement notable; on s’abstiendra davantage encore d’importer de nulle part une thématique toute faite. On essaiera juste de trouver dans la situation un aspect évident pour tous. On visera le degré zéro de l’information, la redondance un peu plate, le simple constat de l’ici/maintenant. 

Le point de départ peut ainsi être donné par la situation topographique ou institutionnelle:

 

Bonjour

Nous sommes ici dans le sous-sol du CND 

Pour la deuxième fois nous travaillons au sein d’un lieu chorégraphique

Bloc du 9 novembre 2003 à 16h15

 

ou par un événement survenu dans le monde et dont la large diffusion assure la connaissance commune

 

Bonjour

Ce matin aux infos de 13h sur France 3 nous avons entendu que vendredi soir serait apparue une nouvelle forme de contestation: le recouvrement d’espaces publicitaires

Bloc du 9 novembre à 18h16

 

ou par un événement que l’on porte à la connaissance du public:

 

Bonjour 

On peut lire dans Le Lien Public du 20 octobre: «L’État, le contribuable, subventionnent des intermittents du spectacle dont le nombre s’est bizarrement multiplié par deux en quelques années. Cette manne céleste pourrait vite s’épuiser. Quant aux nationalistes, toute leur action par la terreur ne peut que dissuader les investisseurs de donner du travail à leurs fils»

Bloc du 22 octobre 2003 à 12h23

 

ou encore par une combinaison de ces éléments:

 

Bonjour

Nous essayons de nous poser la question de comment faire un bloc, et au même moment, dans Libération, Laurent Fabius se demande «comment faire peuple»

Bloc du 9 novembre 2003 à 17h30

 

 

Aller de l’avant

Une fois la première réplique jouée, la seconde la poursuit d’une manière ou d’une autre. La règle 9 indique en effet que le bloc se constitue par l’enchaînement des répliques. Un certain nombre d’objets apparaissent ainsi peu à peu: un terme du discours (un mot), une thématique, un registre de parole, une construction syntaxique. Le jeu consiste alors à se saisir de l’un ou l’autre de ces objets, et à le pousser en avant, c’est-à-dire à poursuivre la proposition dans un certain sens. C’est là que réside la marge de manœuvre de chaque joueur: non dans l’invention ex nihilo mais dans la continuation, la prolongation, la déclinaison, l’extension, le déploiement, le dépliement de ce qui est déjà là. N’importe quel élément du discours peut être continué: le bloc ne fait pas de différence entre les objets sémantiques et les objets grammaticaux, rhétoriques ou phonétiques. La seule discipline qu’il se donne consiste à repérer (et c’est toujours une évaluation, donc un pari) l’objet qui promet au discours le plus de développements ultérieurs. Le thème global du discours va ainsi se dessiner au fur et à mesure de son avancée. Dans la première phase du jeu, il est fréquent que le bloc tourne autour de plusieurs objets avant de parvenir à déterminer celui qui lui sera le plus propice:

 

[...] ou dans une installation de Bill Viola.

Certaines installations d’art contemporain s’appliquent à brouiller la communication interne; à pourrir ? à perturber ?

Dans le message d’Oussama Ben Laden diffusé hier, sa voix était beaucoup plus claire que la nôtre aujourd’hui

C’était ah, une attaque en direct

Peut-être qu’on pourrait recommencer, bonjour

Maintenant nous avons davantage l’impression d’être dans une installation de Gary Hill

Ou en communication avec la Nasa

On manque de retours et de cigarettes

Ben Laden dans son message diffusé sur al-Jazira, n’était pas dans une caverne, c’était une vidéo authentifiée de trois minutes signée Pierre Huyghe

À côté, il y a avait un insigne du pétrole BP

Après diffusion, nous avons su que l’image était volontairement saturée par un filtre Final cut pro, un filtre fanatique

Nous aimerions poser la question des filtres

Bloc du 31 novembre 2004 à16h30

 

 

Rester groupé

La règle 6 stipule que le bloc dit plutôt «nous» que «je». Ce «nous» n’a pas pour fonction de laisser planer la fiction d’un groupe constitué. Il sert à poser le sujet de l’énonciation comme un et indivisible. Il atteste que ce qui parle dépasse les joueurs pris un à un. Toute la politique du bloc suit en effet cette règle élémentaire: on ne peut s’y exprimer en son nom propre. On doit au contraire parler au nom de tous. Chacun est responsable du discours collectif. Toute nouvelle réplique se doit ainsi d’assumer celles qui la précèdent, exactement comme si le discours était le produit d’un seul et même locuteur. Cela exclut d’emblée les expressions de désaccord, les oppositions frontales, les opinions personnelles, les débats internes. C’est par conséquent le travail du bloc que de développer des objets qui arrivent dans le jeu non par la volonté d’un joueur, mais par la seule logique interne du discours. Chaque joueur se doit alors de les accueillir comme s’ils relevaient d’une indiscutable évidence. Il arrive même que ces apparitions suscitent un certain enthousiasme, au point de générer toutes sortes de surenchères:

 

Ça peut se passer de manière très fixe, sans nécessité particulière de mouvement ou d’avancée

Ça peut se passer à reculons

On peut quitter la Seine Saint-Denis en marche arrière, c’est possible

Nous n’avons pas encore choisi le mode, le véhicule pour sortir, mais on pense qu’on sortira en marche arrière, par n’importe quel moyen

On ne peut quitter la Seine Saint-Denis qu’en marche arrière

Ça ne nous a jamais traversé l’esprit de quitter la Seine Saint-Denis en marche avant

Pour les prochaines affiches pour les élections, ça serait: «Seine Saint-Denis en marche arrière!»

Le programme est assez clair. Pour ça on va équiper les bus de Seine Saint-Denis de moteurs à traction arrière, on va inverser tous les moteurs, ça fera de l’embauche

Bloc du 31 octobre 2004 à 17h55

 

 

Laisser tomber

L’aspect composite et souvent rapide du discours fait qu’il arrive fréquemment qu’un joueur ne puisse pas placer au bon moment la réplique qu’il avait soigneusement ourdie. Une certaine hygiène individuelle s’avère alors nécessaire, qui consiste à laisser tomber les coups préparés sitôt qu’ils sont périmés. Cette discipline élémentaire, que l’on appelle drop (ou lâcher-prise), se révèle en fait souvent difficile, tant chacun est toujours enclin à s’enthousiasmer pour ses propres idées. Mais s’obstiner à tout prix a le triple inconvénient de contrevenir à la règle 9, de manifester un défaut d’écoute entre les joueurs, et surtout de fissurer la consistance précaire du bloc: les coups d’éclat solitaires ne sont profitables qu’à l’égo des joueurs.

 

 

Temporiser

L’avancée du bloc requiert souvent une certaine pondération. Si la dérive est trop rapide, le discours, au lieu de se construire, risque de s’engager dans une sorte de coq à l’âne formel qui a toute chance de déboucher sur un marabout-de-ficelle-de-cheval sans intérêt. Il est alors important de pouvoir prendre des appuis qui soient à même de stabiliser, de ralentir, de faire respirer le discours, de se ressaisir, de gagner du temps, d’évaluer toutes les directions possibles avant de repartir dans une plus sûre, plus prometteuse, ou plus engageante.

Au premier rang de ces ralentisseurs, la liste:

 

[...] à des suites de retransmission immédiate sur www.culture.gouv.fr

C’est le site de l’excellence

Avec tous les labels d’intérêt national

Les pôles d’excellence

Les gens du JTN

Une édition des communiqués

Les trésors théâtraux

Et les as de la contre-culture

Bloc du 22 octobre 2003 à 12h23

 

ou sa variante, la typologie:

 

Il existe plusieurs sortes de filtres. Nous avons déjà mentionné les filtres fanatiques et les filtres de saturation.

Il y a aussi les filtres prophylactiques, les filtres de protection 

Les filtres de tri ou de précaution

Il y a les filtres de propagation

Ce sont des filtres ostentatoires

Et enfin, des filtres d’infiltration qui sont des filtres tautologiques

Nous pourrions faire un exposé sur ces filtres avec des exemples, si vous avez le temps

Il y a encore les filtres à aspirateur, les filtres à café, les filtres de cigarettes, et beaucoup que vous pouvez imaginer par vous même

Bloc du 31 octobre 2004 à 16h30

 

ou encore la déclinaison d’hypothèses :

 

Nous devons trouver une voiture ou louer des vélos ou des vespas 

Nous pourrions aussi trouver des radeaux ou les fabriquer nous-mêmes et descendre le Tibre

Nous pourrions aussi faire chemin

Nous n’évacuons pas l’éventualité de nous déplacer en Spiderman

Nous produisons des lignes droites et courbes à volonté

Bloc du 29 décembre 2003 à 12h50

 

 

Faire dévier

Une fois le bloc lancé dans une certaine direction, il est de la responsabilité de chacun de soutenir et d’entretenir son essor. Si la règle 6 interdit les positions individuelles et les confrontations, elle n’empêche cependant pas tout virage du discours lui-même: il est en effet toujours possible (et souhaitable) de faire dévier le bloc, à condition de respecter la règle 9, c’est-à-dire en prenant toujours en compte l’ensemble de ce qui a été dit. Plus le discours est avancé, plus les brusques virements de bord seront donc difficiles à négocier. Ce que le bloc gagne en épaisseur, il le perd en maniabilité: on commence frêle canoë sur la rivière et on finit paquebot transatlantique les soutes pleines d’acier trempé ou de touristes anglais. L’orientation n’est cependant jamais immuable. Si la force d’inertie du bloc augmente avec sa durée, elle ne doit pas pour autant faire renoncer aux changements de cap, aux pannes de boussole, aux révolutions logiques et aux contrepieds:

 

L’enculage de mouche en revanche est une pratique partagée

C’est une pratique scientifique, professionnelle, qui demande beaucoup de précision

Ce qui nous amène à la question du coche

Il y a des mouches avec et sans

Un peu comme la chenille 

Un peu comme le scarabée

Lequel peut être rapproché du veau par son caractère aurifère.

Ou du staphylocoque

Le staphylocoque se déplace en bande

Le staphylocoque est doré comme les danseurs dans les spectacles d’Emmanuelle Huynh

Les danseurs dans les spectacles d’Emmanuelle Huynh sont tous des Trésors Nationaux Vivants

Bloc du 28 décembre 2003 à 11h46

 

 

Enchaîner

Les répliques du bloc s’enchaînent l’une l’autre. La figure emblématique du bloc est ce qu’en rhétorique on appelle la concaténation: c’est une figure qui n’organise pas d’en haut l’ensemble du discours, mais règle l’enchaînement terme à terme en maintenant dans chacun un élément du précédent. Cet élément qui passe d’une bouche à l’autre peut être de sens ou de forme. Il garantit la continuité linéaire du discours. D’une certaine manière, le bloc navigue à vue: il fait le pari que de la logique rigoureuse de ses enchaînements naîtra une organisation globale du discours; mais cette organisation n’est jamais donnée à l’avance, elle ne peut jamais être saisie tout entière, elle est le produit en devenir d’une micro-construction. Toutes sortes de stratégies de relais d’une réplique à l’autre sont possibles. Elles poursuivent un double objectif: s’éloigner du point de départ, mais si progressivement que le discours gagnera en consistance en même temps qu’en fiction.

 

Tous ces personnages composent une communauté de cantonniers proches des petits cailloux 

Et c’est cette communauté que nous aimerions décrire aujourd’hui

Une communauté scrupuleuse

Quoique dans le cas de Poucet il s’agisse d’un délestage, mais il va récupérer le caillou plus tard

Dans le cas de Molloy, c’est l’érosion de la salive sur le caillou

L’autruche le pousse à son paroxysme: on ne sait pas ce que devient le caillou

C’est une communauté de transformation

Quand ils arrivent dans la bouche de Démosthène, ils sont déjà polis, sans rugosité

Bloc du 30 novembre 2003 à 16h21

 

 

Changer de pied

Une tactique fondamentale de l’enchaînement consiste à changer d’appui. Il s’agit de choisir un objet jusque là secondaire dans la réplique qui précède, et d’en faire le centre du discours:

 

On a parlé des terroristes en termes de trou noir, un trou noir est une étoile qui a brûlé tous ses gaz 

On  a parlé de résidus ou de déchets, or il s’est avéré que la lumière rentrait dans les trous noirs sous forme de résidus, de particules éjectées, reflétées par la non-entrée dans le trou noir 

Les pulsars sont des étoiles à pulsation rapide, qui font p-p-p-p-p-p-p-p-p-p-p, comme une tachycardie perçue par les radiotélescopes avant explosion: cela devient une nébuleuse, un nuage de gaz

Il y a également l’étoile-académie, qui est la forme privatisée et taxée d’un nous

Qu’est-ce qu’une star? c’est un animal à sang-froid, qui se distingue par son caractère professionnel

Il y a une hiérarchie: professionnel, grand professionnel, apprentis-stars (tièdes-froids mais suffisamment froids pour espérer devenir un jour Label d’Intérêt National)

Un animal comme l’iguane est extrêmement professionnel, se laisse très peu déstabiliser et peuple la résidence Roquebrune

Bloc 22 octobre 2003 à 12h23

 

De la même manière, on peut déplacer l’appui d’un objet sémantique à un objet formel (comme ci-dessous le passage d’une liste de métiers à une suite d’adverbes de manière)

 

Nous sommes éditorialistes

Publicistes

Metteurs en scène

Inspecteurs d’académie

Directeurs artistiques

Administrateurs

Polémistes

Accessoiristes

Accessoirement

Éventuellement

Bloc du 14 novembre 2004 à 18h05

 

ou encore faire basculer l’énonciation du discours:

 

Peut-être que nous sommes des nymphes, des nymphes grimaçantes

Le souci pour nous, nymphes grimaçantes, c’est de saisir le mouvement des marées et surtout des marées basses. 

Bloc du 16 novembre 2003, 17h06.

 

Une autre pratique courante consiste à jouer de la polysémie d’un terme:

 

Le papier recyclé pourrait nous faire penser que ce laboratoire manque d’argent pour mener à bien ses missions…

(Pluie)

À l’instant présent, il pleut des super-cordes…

Nous savons que la théorie des super-cordes bâtit l’univers sur un principe d’oscillation

Bloc du 17 octobre 2004 à 15h39

 

Tous ces points s’articulent de cette manière sur la carte

Cela trace un réseau en forme de toile d’araignée dans lequel tous les points se croisent exactement ici

On est près du zoo, on a des chances de trouver des araignées, des araignées dangereuses qui pourront occuper la toile de manière optimale

Mais tout comme le centre de la toile se déplace avec l’araignée, les lignes se croisent toutes en d’autres points

Tout près du centre nodal se trouve aussi la Villa Médicis où nous avons quelques objectifs à court, moyen, et long terme

Nous sommes pratiquement certains que l’araignée romaine tisse une toile qui est très différente des araignées des autres villes

Quand l’araignée est au centre de sa toile, elle est capable de ressentir avec un maximum de précision toutes les vibrations à n’importe quel point de sa toile

Le problème des araignées soit romaines soit françaises, c’est qu’elles restent confinées au modèle du réseau centre, centralisé. Nous aimerions voir si en multipliant les araignées, nous pourrions multiplier les centres et arriver à des plans urbains moins… ou plus… 

La ville de Rome est établie sur un réseau de 12 voies et 7 collines. Ces 12 voies convergent vers le centre de la cité. Nous proposons de multiplier les centres et de multiplier les douze voies

Qu’est ce que ça donne ?

C’est joli

Bloc du 29 décembre 2003 à 12h50

 

ou à passer en revue ses possibles dénotations

 

Ce qui nous mène à la question du veau d’or 

Le veau d’or succède à la manne céleste dont on ignore le montant

Ce pourrait être un nom de restaurant

Ce pourrait être aussi un rituel vaudou 

Un genre musical, on danserait tout l’été le Vodor

Celui qui danserait le mieux le Vodor accèderait à une manne céleste dont on ignore le montant.

Bloc du 22 octobre 2003 à 12h23

 

ou à faire varier le contexte dans lequel il est utilisé:

 

Les élus de proximité utilisent beaucoup le serrage de main du potentiel électeur

À l’inverse, les juges de proximité ne serrent pas la main mais voudraient que les deux parties se serrent la main

«Camarade,  serre la vis ; candidat, serre la main»

Mais si le juge de proximité serre la vis, ce n’est pas la même vis

Bloc du 9 novembre 2003 à 17h30

 

 

Jouer avec les formes

L’enchaînement entre les répliques peut également procéder d’une multitude de figures formelles dont nous nous bornerons à donner ici quelques exemples en vrac:

 

L’anaphore:

Le rythme c’est dire qu’il y a toujours du mouvement même dans l’immobilité

Le rythme imposé par John Cage était le support de l’expression baroque de ce public italien

Le rythme produit par John Cage n’est pas le même qu’une troupe militaire passant sur un pont qui s’écroule

Bloc du 20 décembre 2003 à 16h30

Il y a ceux que l’on attendait la fois précédente

Ceux que l’on n’attendra plus

Ceux qu’on ne veut plus attendre

Ceux qu’on ne peut pas imaginer

Ceux qu’on imagine un peu trop

Ceux qui font une bonne surprise

Ceux que l’on a oubliés

Nous parlons pour tous ceux-là aujourd’hui

Nous nous adressons à eux

Nous leur parlons directement

Bloc du 14 novembre 2004 à 18h05 

 

La déclinaison:

Avec la vitesse on ne distingue plus bien le cowboy de son cheval

Avec la lumière on ne distingue plus bien le devant du derrière

Avec la poussière, on ne distingue plus bien le banc du gradin

Bloc du 28 novembre 2004 à 17h10

 

Le polyptote :

Le centre de recouvrement de la RATP pue

Il ne pue pas assez 

Il ne pue pas pour tout le monde

Il faudrait trouver une puanteur objective

Nous voudrions partager la puanteur

Bloc du 9 novembre 2003, 18h16

Nous avons aussi défenestré nos représentants

(Public:) –Vous pensez qu’il y a eu une démission jeudi dernier?

Est ce que la démission pose la question de la mission comme la défenestration pose la question de la fenêtre?

Bloc du 16 novembre 2003 à 18h47

 

L’anadiplose:

Nous ne faisons que ce que nous pouvons 

Et ce que nous pouvons, nous ne le pouvons pas seuls

Bloc du 23 octobre 2003 à 19h

 

La paronomase:

Il y a des noyaux durs et des noyaux mous [...]

Le noyau doux nous conviendrait mieux

Est-ce ce qu’un bloc c’est un noyau doux? dur? mur? un pur noyau? [...]

Au terme de noyau on pourrait substituer celui de moyeu… Ce à partir de quoi s’articule la roue

Il faudrait consulter le dictionnaire de la cinématique… Le moyeu doux?

Le danger, c’est que par paronomase on dérive facilement vers le moyen (c’est un défaut que nous avons déjà).

Et si le moyeu c’est le moyen, c’est peut-être le meilleur moyen de rater notre coup

Bloc du 9 novembre 2003 à 16h15 

 

La rime:

Nous avons organisé une chasse aux ballons 

Et une chasse aux pigeons

Bloc du 9 novembre 2003 à18h16

 

Le bégaiement:

- Coucou

- Coucou coulissant

- Coucou cou coupé

- On se demande à quelle heure ça dit coucou

Bloc du14 novembre 2004 à 16h30

 

La traduction:

Qui ne travaille pas ne mange pas

Chi non lavora non fa l’amore

C’est intéressant de rapprocher les deux concepts d’amour et de travail

Est-ce qu’il y a du travail dans l’amour et de l’amour dans le travail?

Bloc du 21 octobre 2003 à 18h

 

La gradation:

Nous savons que les œuvres les plus originales et les plus intéressantes prennent souvent la forme d’évitements

De non-formes

D’idées 

De cogitations

D’effervescences

De perturbations

D’agitations

De rafales

De tempêtes

De cyclones

De cataclysmes

De trous noirs

Bloc du 11 janvier 2004 à 17h20

 

 

Organiser le discours

Outre ce travail minutieux de construction du discours réplique par réplique, le bloc peut se donner des appuis à plus large échelle. 

 

Le sommaire: le bloc peut ainsi annoncer toutes sortes de plans, de chapitres, d’ordres du jour ou de programmes. Comme rien n’est prévu à l’avance, la liste des points abordés va s’improviser au fur et à mesure; le recours au sommaire n’est pas à négliger car il présente le double l’avantage de rythmer le discours et de permettre des revirements relativement importants mais qui ne mettent pas le bloc en danger (voir: Sauter). Le changement de cap étant justifié par le changement de chapitre, personne ne s’offusquera de voir soudain un joueur, qui sent peut-être que le discours perd inexorablement en puissance et en complexité, «passer au point suivant» (voir: Déjouer)

 

Je crois que tout ça nous amène logiquement au troisième point: le recours à l’animal [...]

Ceci nous mène à notre quatrième point 

(Silence)

On va passer directement au cinquième point: la mixité dans les écoles.

Bloc du 20 octobre 2003 à 15h08

 

Encore faut-il qu’un chapitrage soit en cours (lorsque la difficulté se présente il est trop tard pour en créer un de toutes pièces) et que les différents chapitres présentent entre eux une certaine cohérence thématique ou formelle.

 

La récurrence: sans qu’il soit nécessairement annoncé par un sommaire, il arrive qu’un des objets du bloc revienne périodiquement à la surface du discours, dès que l’occasion s’en présente. Ce type de récurrence ne doit jamais être forcée (voir: Laisser tomber) mais l’accueillir lorsqu’elle se présente permet souvent de rouvrir la fiction.

 

L’annonce, parent pauvre du sommaire, consiste à engager ouvertement le bloc dans un certain type de discours – exposé, chanson, poème, citation ou démonstration – qui oriente et détermine les répliques qui vont suivre. L’annonce va permettre au bloc de se rassembler pour mieux rebondir. Mais comme elle dicte une direction unique, il convient néanmoins d’être attentif à ne pas se laisser piéger par un discours trop univoque, et de garder à l’esprit la nécessité d’en sortir (voir: Rester mobile):

 

Fiche technique: comment fabriquer du lien social?

Détruire un bâtiment administratif

Nous nous intéressons beaucoup aux zones favorisées

Nous pourrions proposer des ateliers dans les missions locales et les ANPE sur le thème: rencontrer des artistes

Par exemple à la mairie de Neuilly

Des actions de terreur propres à dissuader les investisseurs de participer au développement de la Corse

Bloc du 22 octobre 2003 à12h23

 

Rudolf Laban a essayé de trouver une manière de retranscrire le mouvement. Selon lui, tous les mouvements peuvent se dire avec huit verbes d’action avec lesquels on peut noter, partitionner le mouvement

Nous ne connaissons pas ces verbes mais nous pourrions essayer de les retrouver

Recourir. S’infiltrer. Détourner, qui est un sous-verbe de tourner

De la même manière, recourir est un sous-verbe de courir

Il faut bien détourner pour pouvoir tourner 

Se démultiplier. Rassembler, qui a un sous-verbe qui est sembler. S’assembler, rassembler, tout ça c’est la même famille

- Être ensemble. Faire semblant d’être ensemble.

Bloc du 9 novembre 2003 à 16h15

 

Cette figure peut également être tacite. Ci-dessous, le passage de l’exposé au récit s’annonce implicitement:

 

La sécurité est un objectif prioritaire du département du Val d’Oise

Pourtant nous nous sommes sentis plus fragiles dans le Val d’Oise qu’ailleurs

On pourrait pousser jusqu’à la Picardie, presque à la frontière belge

On s’instituerait aux confins du département, en marchant en grand nombre, à vitesse variable avec des allures souples, parfois bondissantes, rebondissantes mais pénétrantes, insistantes

On pourrait faire des sauts, à un moment on serait même obligés de nager, de retenir sa respiration, même de faire l’apnée le temps de passer de l’autre côté, puis d’aider les autres à traverser

Bloc du 31 octobre 2004 à 17h55

 

Le pétale : c’est une digression plus ou moins longue qui  finit par se résorber et regagner le fil dont elle est issue. Si plusieurs pétales s’enchaînent, on parlera de marguerite (laquelle est parfois articulée par un sommaire). 

La tresse : elle consiste à maintenir parallèlement deux ou plusieurs fils de discours qui s’entrecroisent de manière plus où moins étroite. Elle se résout soit par l’abandon des objets les moins consistants au profit d’un seul, soit par une opération de synthèse qui les rassemble au sein d’un objet composite. 

Ci-dessous, un exemple de tresse synthétisée au sein d’un pétale, lui même organisé par un sommaire:

 

Le deuxième volet traitera de la grammaire du BTP

Elle est riche en adresses utiles

Elle offre tout un champ lexical

Enfin heu une certaine euh mise en pratique de ce champ lexical

Malgré la participation de Roland Barthes, ce projet de grammaire du BTP n’a jamais eu la diffusion qu’il méritait

Ce qui est tenté dans ce volume, c’est l’analyse de la syntaxe et des résistances idéologiques

Le projet reste néanmoins, comment dire, dispersé, enfin ce qui divise c’est la syntaxe

Dans le dictionnaire du BTP, on n’apprend pas à construire un bâtiment finalement

C’est tout l’enjeu de la querelle entre Noam Chomsky et Martin Bouygues

Mais à vrai dire nous ne sommes pas des spécialistes

On en discutait l’autre jour avec Laurence Louppe, les choses avancent malgré tout

Je crois que tout ça nous amène logiquement au troisième point

Bloc du 20 octobre 2003 à 15h08

 

 

Monter en fiction

Toutes ces micro- ou macro-tactiques rhétoriques ont pour fonction de faire avancer le discours. Le bloc est un art de la dérive, qui creuse progressivement un écart depuis une situation initiale. Cet écart est celui de la fiction: le bloc monte en fiction à chaque fois qu’il fait varier le code énonciatif, c’est-à-dire à chaque fois qu’il n’est pas tout à fait conforme à ce que requiert la situation courante. De ce point de vue, la meilleure stratégie sera la dérive douce, voire invisible, qui travaille par différenciation lente et continue:

 

Ce que nous appelons lien, nous pourrions l’appeler aussi composition

Nous cherchons à nous composer, à nous recomposer avec toujours plus de corps extérieurs, d’impressions, de langages

Il ne s’agit pas tant de se ligoter que de se disposer

À Rome nous avons accompli plusieurs paysages, nous avons joué avec des aéroports et des textes en anglo-normand

Nous avons composé des paysages avec du cirage et des draps cousus main, des ballons-sondes

Toute une arte povera de l’action collective

Et nous avons créé un paysage à l’intersection de chômeurs qui sortaient du train et d’un monument de nuisance

Et nous avons testé nos capacités de nuisance et nos capacités de résistance

Nous nous sommes amusés, nous avons beaucoup ri, nous nous sommes aimés

On dit composer une symphonie, un poème, un tableau, on devrait pouvoir dire composer une action ou un monument

Nous avons occupé un lieu qui ne l’avait jamais été

Nous nous sommes réjouis d’être ce que nous étions comme la montgolfière se réjouit d’être montgolfière

Le loup se réjouit d’être loup

L’orage se réjouit d’être orage

Nos actions ne peuvent pas s’arrêter

Nous avons atteint une puissance sans commune mesure avec la somme de nos puissances personnelles

(Le public se concerte)

(Le public s’éloigne)

Bloc du 11 janvier 2004 à 17h20

 

 

Sauter

En revanche, une augmentation de fiction trop brutale a toute chance de paraître complètement déplacée; c’est ce qu’on appelle un cut: au mépris des règles 9 et 10, un joueur propose une réplique qui ne présente aucune espèce de rapport avec tout ce qui s’est dit auparavant. Le cut advient souvent par défaut de drop (voir: Laisser tomber). Il met le bloc en péril au risque de provoquer sa déroute, voire sa désintégration pure et simple.

 

Les forces de l’ordre sont un service public

Nous pourrions donc les recouvrir

Nous pourrions imaginer nous asseoir 

Nous pourrions aussi les envelopper

Nous pourrions les faire disparaître

Mais nous serions mal habillés

Bloc du 9 novembre 2003 à 18h16

Nous ne sommes pas sûrs que la coordination 37 soit faite de professionnels

Les prostitués sont des professionnels de la discontinuité

On imaginait créer la coordination des intermittents et précaires et prostitués

Mais c’est un peu redondant

Cela pose la question du ciment

Bloc du 20 octobre 2003 à15h08

 

 

Ignorer

En cas de cut, la stratégie la plus courante consiste à ignorer simplement la réplique anomale, ce qui certes contrevient à la règle 9, mais étant donné que la réplique en question contrevenait elle-même à la règle 10, on peut d’une certaine manière estimer que les deux manquements s’annulent. 

On peut surtout évaluer qu’il ne vaut pas la peine d’engager le bloc dans une voie qui est au mieux un malentendu, au pire un caprice ou l’idée d’un seul, et qui pourrait bien annoncer le démantèlement de tout l’édifice patiemment échafaudé. On fera simplement comme si la regrettable réplique n’avait jamais été prononcée:

 

Nous éprouvons toujours une difficulté à nous saisir d’une présence extérieure 

Le lien n’est pas direct

Nous aimons appréhender cet instant

We know how to smile in another language

Nous appréhendons cet instant pour que le lien se crée et puisse devenir prise

Bloc du 11 janvier 2004 à 17h20

 

Évidemment, si le joueur insiste, cette stratégie ne sera pas possible une seconde fois.

 

 

Surenchérir

Face à un cut, une réponse possible quoiqu’un peu grossière consiste à redoubler l’écart, c’est-à-dire à en faire autant, cut sur cut, ce qui a l’avantage de faire passer une aberration individuelle pour une vague de folie collective (l’intérêt n’est pas moins mince, mais le jeu est un peu plus amusant). Ce va-tout comporte néanmoins le risque de précipiter le bloc dans une escalade de fiction qui se termine à peu près inévitablement par une explosion en plein vol:

 

Cet été nous avons envahi Paris-Plage en souillant le sable

Assez! Des parenthèses!

Vive les guillemets!

Assez de citations, un peu d’agitation!

Assez de crochets, tirez!

Pourquoi n’avons-nous pas le droit au lapin?!

Bloc du 12 avril 2004

 

 

Rattraper

L’antidote le plus intéressant et le plus fructueux, pour faire face au cut, consiste néanmoins à rattraper l’aberration, c’est-à-dire à accepter la réplique intempestive comme si elle ne l’était pas, et à la continuer (selon la règle 9) en tâchant de l’inclure d’une manière ou d’une autre au sein du discours. Cela revient à lui inventer une justification a posteriori en jouant de la souplesse logique du bloc. C’est une figure que l’on pourrait nommer chicane: un brusque tête-à-queue, qui, grâce au sang-froid des conducteurs, trace au final une fière route à flanc de montagne

 

La mollesse du béton a été  une des réticence des architectes du début du 20ème siècle, à cause de l’origine molle du matériau. Il aura fallu un architecte belge pour essayer. Il a été utilisé après, pendant la guerre de 40 pour les blockhaus. Les pouvoirs publics se sont penchés sur le béton pour reconstruire

Ce qui nous mène à la question du veau d’or 

L’or est aussi un matériau mou, relativement. 

C’est comme le verre qui a une évolution molle très lente, par exemple à Versailles, la base des carreaux est plus évasée. Le verre a fini par couler.

Bloc du 21 octobre 2003 à 17h

 

Attaquer/défendre

Toute augmentation de la fiction est toujours une sorte de pari qui met le bloc dans une situation d’instabilité parfois périlleuse réclamant appui et soutien. Il y a ainsi toute une défense du bloc, qui a pour fonction d’appuyer ces écarts, de les recadrer, de les recentrer, de les rééquilibrer ou de les rattraper. La stratégie de l’escalier consistera à augmenter la fiction de manière graduée, en faisant alterner des attaques ponctuelles qui vont pousser en avant la fiction et des rattrapages défensifs qui vont rétablir la continuité logique du discours avant de redonner la main aux attaquants. 

 

 

Rester mobile

Il arrive souvent à un moment ou à un autre que le bloc se voie rattrapé par la représentation: il se met à figurer quelque chose, à s’exprimer dans un code trop reconnaissable (l’exposé scientifique, la conférence de presse FLNC, le journal télévisé...). Cela produit une sorte d’effet-miroir qui peut être paralysant. La conscience de représenter quelque chose peut aussi favoriser une tendance à surjouer l’image, à en rajouter dans la représentation, voire à plonger tête baissée dans la parodie. C’est une tentation à laquelle il  faut résister à tout prix. Le bloc doit au contraire travailler à se laisser sans cesse traverser par les codes, à n’en fixer aucun, afin que ce qu’il représente reste en perpétuelle mutation:

 

On pourrait dire que la différence entre un laboratoire de recherche scientifique et un laboratoire de recherche artistique c’est que le laboratoire scientifique travaille sur l’invisible alors que le laboratoire artistique travaille sur le  visible; est-ce que le laboratoire artistique ne serait pas la forme naïve du laboratoire scientifique?

Nous notons ici une absence de paillasses

De blouses blanches

De souris

D’éprouvettes

De becs bunzen

D’accélérateurs de particules

Par contre nous pouvons constater qu’il y a quand même des pandas avec des arbres...

Bloc du 17 octobre 2004 à 15h30

 

Il peut arriver que cette opération ne s’effectue pas sans violence(voir: Ignorer):

 

On a imaginé un scénario

C’est l’histoire d’une mouche qui rétrécit 

mais personne ne s’en rend compte parce qu’elle est invisible

Ceci nous mène à notre quatrième point...

 Bloc du 20 octobre 2003 à 15h08

 

Déjouer

Diverses tactiques de relance ou de réouverture s’avèrent en général nécessaires quand le bloc tend à piétiner, à radoter, ou à se laisser submerger par son propre discours; ou encore à se laisser happer par la sincérité ou les bons sentiments; ou (pire) lorsqu’il se met à vouloir convaincre du bien fondé d’une idée qu’il aurait pour rôle de défendre. Ne connaissant pas à l’avance l’objet de son discours, le bloc est en effet dans l’incapacité structurelle de défendre quelque thèse que ce soit. Lorsque ce cas se présente, il est alors urgent de déjouer les répliques rétrécissantes en rouvrant le discours sur les virtualités qu’il recèle:

 

Cette année on ne mettra pas de menthe dans l’eau bouillante

Cette année nous ferons bouillir les balles de fusil des snipers

Nous profiterons de leur passivité

De leur absence

Nous devons trouver un rituel qui nous rassemble

Nous devons façonner d’autres moules

Qui ne seront pas à forme d’ogive

Nous pourrons alors faire fondre ces moules

Pour fabriquer des mobylettes par exemple

Ou des coulisses à coucous suisses

Nous pourrons ainsi équiper toutes les fenêtres de la Mouqata de coucous suisses

Bloc du 14 novembre 2004 à16h30

 

Nous ne sommes pas une voix hors-champ. C’est plutôt clair

Quelqu’un a une question

(Silence)

Nous pouvons passer au point suivant

On peut poser par exemple la question du champ, du hors-champ, du contrechamp ?

(Silence)

La question du champ comme champ d’action, comme champ d’application, comme champ à cultiver, comme champ lexical

La question du champ est aussi celle des limites, du dehors et du dedans, du passage, de la possibilité de voies parallèles

C’est la question de la définition de ces limites

Où sont les limites du centre chorégraphique ? 

S’arrêtent-elles avant ou après Addeco

Vont-elles jusqu’au cœur de ville

C’est aussi la question de comment faire pour dissocier la limite de la définition

Par exemple, nous avions pensé à une action transformant le centre chorégraphique en agence Addeco 

Finalement nous avons préféré faire l’inverse

Bloc du 23 octobre 2003 à 19h

 

 

Rejeter

Une version extrême de cette tactique peut avoir lieu quand le bloc se met à tenir des propos insoutenables pour l’un des joueurs. Ce dernier peut alors (selon la règle 13) quitter le bloc. Mais il peut aussi, en dernier recours, rester à la table en tâchant d’annihiler la réplique qui lui est fâcheuse, et avec elle tous ses avatars à venir. Cela n’est bien sûr acceptable que dans le respect de la règle 5, ce qui rend l’exercice subtil au point de justifier son appellation de contre exquis

 

On peut exposer les différentes stratégies pour la journée du 30 ?

Nous avions pensé à une grande manif de gauche qui irait d’opéra à opéra, qui ferait le tour de l’opéra

Sur la banderole, on avait l’idée d’inscrire «Ne restez plus seuls, votez»

Nous avons décidé d’abolir l’ironie, donc on a abandonné l’idée

Bloc du 20 octobre 2003 à 15h08

 

 

Conclure

La règle 14 stipule qu’après un certain temps, le bloc doit songer à conclure (et remercier). Il va de soi cependant que la logique interne du discours est ce qui dicte avant tout sa durée. Des blocs très courts sont toujours possibles, comme le bloc expéditif suivant

 

Bonjour

Nous pouvons commencer

Nous allons y aller

C’est parti

La séance est levée

Merci.

Bloc du 21 août 2008 à 17h55

 

En général, on cherchera simplement à faire coïncider la contrainte horaire avec un accomplissement quelconque du discours, de manière à aménager une fin convenable au moment voulu

 

Ce soir il y a deux blocs: vous et nous

C’est parce que nous abusons de la parole et que vous la négligez

Nous avons été rattrapés par la réalité, nous à la table, par des paroles d’expériences vécues, par des paroles précaires, qui n’étaient pas blocs, qui s’effritaient et nous n’avions pas prise sur cet effritement

Cela a aussi à voir avec la question de la réalité: c’était le texte et il est tombé

Le dispositif de ce soir vient de tomber aussi 

C’est une chose joyeuse

Merci.

Fin du bloc du 23 octobre 2003 à 19h

 

 

Inviter

Une manière agréable et commode de finir consiste à inviter le public à une prolongation quelconque, un bloc ultérieur, un autre type de rencontre, une action collective, un dialogue, un verre au bar, une discussion informelle, une promesse ou un miracle

 

Nous voudrions vous faire une invitation

Nous avons prévu demain de fêter un anniversaire

Vous pouvez venir avec du champomy, pour les 25 ans du PAP à la CAF

Nous pouvons poursuivre autour d’un verre

Merci.

Fin du bloc du 20 octobre 2003

 

Nous vous proposons un premier rendez-vous devant la cage des babouins au jardin zoologique d’où nous partirons pour une action

 –Merci.

Fin du bloc du 29 décembre 2003

 

 

Finir en beauté

Mais la meilleure manière de terminer un bloc est sans doute celle qui sait saisir le moment de la conclusion pour poser là une ou deux répliques rebondissantes. Un nouveau développement pourrait s’ouvrir, mais la coda ne vaut qu’en tant qu’elle est sans suite et vient clore le discours d’une manière aussi prometteuse que définitive:

 

(Public:) –Êtes vous une meute?

Nous nous mouvons, nous sommes en 

mouvement, nous sommes émotifs, parfois muets, parfois motivés

Il nous est arrivés d’être mutins mais ça n’a pas suffi

Nous avons été luttants, ce n’est pas assez

Nous avons travaillé à mi-temps mais c’était déjà trop

Nous sommes devenir

Tout nous est propice

Merci.

Fin du bloc du 28 décembre 2003

 

 

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