— Mesdames et messieurs, le goupillon pour cette partie sera le mot "virtuel".
(Première manche)
— Aujourd'hui, j'ai fêté mon millième ami sur Facebook.
— Moi je n'en ai que 18, mais parmi lesquels Julien Coupat.
— J'ai : Ayrton Senna, Bernard Menez, Liv Taylor et Joey Star.
— L'autre jour, Jean-Luc Mélenchon a demandé à être mon ami…
— Je vois que vous avez une vraie vie sociale virtuelle.
— Oui, surtout avec le bétail. Les coûts de vaccination sont énormes.
— C'est vrai que Rachel était absente ce jour-là. Sinon elle lui aurait remonté les bretelles.
— Pourquoi, ce n'est pas la plus haute du monde ?
— Si, mais elle a cru naïvement qu'en passant à la télé elle regagnerait son amour…
— J'ai eu ce problème aussi quand je vivais en Afrique ; ce qui est moins drôle, c'est que j'en ai encore des séquelles.
— Ça se voit mon vieux : toutes les finitions sont bâclées, c'est limite du sabotage.
— C'est clair. Mais il est bien meilleur acteur chez Coppola que chez Scorsese…
— Alors c'est vraiment méchant, un chien-loup ?
— Oh, c'est selon. J'en ai connus qui se seraient damnés pour goûter à mon mille-feuille.
— Quelle idée aussi d'aller travailler dans une armurerie...
— C'est sûr… Si c'était à refaire, je n'hésiterais pas à lui dire que la mélancolie est une maladie et non pas un coup de blues.
— Mais si la première dame du pays est… un homme ?
— Alors c'est différent. Dans ce cas précis il faut le changer radicalement d'environnement sensoriel, par exemple en repeignant les barreaux de sa cage en bleu.
— Oui, c'est ce que j'ai fait moi-même. En revanche, je n'ai pas pu m'empêcher de réécrire les paroles...
— Je te reconnais bien là. Ça me rappelle mon cousin Julien : tout le monde croyait qu'il serait ingénieur, et finalement il est devenu menuisier...
— C'est comme dans le 5ème quatuor à corde de Bartok : la symétrie est quasiment parfaite.
— Ouais… Mais je crois quand même qu'on a fait une erreur en invitant son épouse.
— Tombeau !
— Ouvrez le tombeau.
— "Première dame" et "épouse"
— Tombeau. Veuillez relancer le goupillon s'il vous plaît.
(Deuxième manche)
— Lou, tu as vraiment Joey Star comme ami Facebook ?
— Oui, et aussi Alain Badiou.
— Ce n'est pas ce type qui travaille sur le paradigme actuel/virtuel ?
— Non, lui c'est Captain Kickass. Enfin, c'est comme ça qu'on l'appelle à Washington…
— Mais je me demande : si ton père change de sexe, est-ce qu'il devient ta mère ?
— Oh tu sais, moi j'ai toujours eu un faible pour les Raëliens. Je les trouve émouvants.
— Moi aussi, mais sur la question de la traduction je préfère quand même Derrida.
— Viviana, tu es pénible avec tes cigarillos, ça pue vraiment.
— Désolé de te contredire, mon cher, mais Giotto ça vient après Cimabue.
— À moins qu'on meure très très jeune ?
— Peut-être, mais tu aurais dû regarder la deuxième saison : c'était de loin la meilleure.
— Tu crois ? Grégory me disait pourtant qu'il était contre la chasse.
— Demande aux Colombiens, eux aussi ont payé leur tribut au néolibéralisme.
— Cela dit, la nuit, quand les nuages passent doucement dans le ciel, j'adore écouter son chant.
— Oui, moi aussi. Par contre je n'ai jamais pu me faire à la couleur beige ; je trouve ça vraiment trop bourgeois pour des rideaux…
— Les amis, je crois que j'ai le chikungunya.
— Tu veux dire que tu l'as appris par cœur ?
— Ça ne m'étonne pas que tu dises ça, tu as toujours été sentimental.
— Jeanne, la manif de tout à l'heure, c'est pour quoi ?
— C'est simple : tu prends un moteur de tondeuse à gazon, et tu le retournes. Tu serres les deux boulons arrières avec une clé de 8 et le tour est joué.
— Il ne faut pas rajouter aussi un soupçon de piment ?
— Non, je crois que c'est juste un problème d'orientation.
— Joris, tu as déjà fait l'amour avec une culturiste ?
— Oui, c'est le jour où ma grand-mère a pris feu.
— Je n'ai toujours pas compris comment on en était arrivé à parler espagnol.
— Tombeau !
— Ouvrez le tombeau.
— "Colombiens" et "parler espagnol"
— Tombeau. Veuillez relancer le goupillon s'il vous plaît.
(Troisième manche)
— Encore une heure à ce rythme, et nous pourrons postuler à l'OuPerPo.
— J'ai la tête complètement retournée.
— Je commence à penser à l'envers.
— C'est toute la vertu de ce jeu.
— Est-ce qu'il y a un rapport entre vertu et virtuel ?
— Je ne sais pas, j'ai fait la réclamation mais avec la SNCF ça prend toujours des semaines...
— Comme tu veux. Au cas où, il y a un pull dans le placard.
— Merci. Je vous signale que le monument de Croix-aux-Mines est enregistré, ce qui met fin à la liste des communes commençant par C.
— Bonne nouvelle pour la gauche !
— Oui, c'est vrai, il est assez fille-facile, comme garçon.
— Hé-hé, tu vois, Valentina, ça n'arrive pas que le dimanche…
— Tu veux dire que la langue maternelle est un piège ?
— Non, c'est une plante tout ce qu'il y a de plus verte.
— Il paraît que ce sont les sondes de navigation qui ont été la cause des récents accidents d'avions.
— Tombeau !
— Ouvrez le tombeau.
— "SNCF" et "avions".
— Tombeau refusé. Veuillez relancer le goupillon s'il vous plaît.
(Quatrième manche)
— Vous ne trouvez pas qu'il fait un peu chaud ?
— On étouffe, tu veux dire.
— Il nous faudrait des rafraîchissements.
— Il faudrait nous plonger dans un environnement virtuel de glace et de neige.
— Ce serait une nouvelle chance pour la démocratie participative.
— Nariman, c'est vrai que Jan gagne sa vie en vendant du ginseng frelaté ?
— Pourquoi, il t'a pris pour quelqu'un d'autre ?
— Oui, un jour j'ai été convoqué par le CPE parce que je m'étais mis tout nu en SNV.
— 3 tonnes pour 100 mètres ! Quand même !
— Ça me fait penser à Paul Claudel, à cause des piliers de Notre-Dame.
— Mais le matin, ce n'est pas possible de vomir… En tout cas moi je n'y arrive pas.
— Allumez la télé, il y a Depardieu qui fait de la pub pour une sauce tomate.
— Je n'y connais rien, mais on dirait plutôt un pulsar.
— Je ne sais pas, tu n'as qu'à essayer le scooter...
— Adrien, toi aussi tu as un père autoritaire ?
— D'une certaine manière, mais je n'ai pas réussi à monter dessus avant l'âge de 21 ans.
— C'est à cause du réchauffement climatique.
— Il avait un petit singe de compagnie : un gibbon je crois.
— On m'a dit que tu t'étais coupé l'oreille, pourquoi t'as fait ça ?
— Parce qu'elle m'a invité à son mariage, et que je n'avais pas de costume trois-pièces.
— Tu veux bien me donner un cours de tango ?
— Non, c'est toute cette métaphysique grandiloquente qu'il faudrait éradiquer.
— Sans rire, tu crois vraiment qu'il a donné son sang à la scientologie ?
— C'est bien possible. On peut s'attendre à tout avec Alliot-Marie.
— Quand ça monte, il faut s'arrêter un moment, puis recommencer tranquillement.
— Tu veux dire que ton amant te l'a tatoué lui-même sur la poitrine ?!
— Pour ma part, je ne suis jamais allé aux Antilles, j'aimerais bien.
— Moi aussi, mais je croyais que c'était un effectif de plusieurs dizaines…
— Non, c'est la part du prophète Élie. On ne t'a rien appris au catéchisme ?
— …
— Le muet prend le pot. Veuillez relancer le goupillon s'il vous plaît.
(Cinquième manche)
— Constantin, tu as avancé sur le site W ?
— Moyennement. J'ai pas eu beaucoup de temps ces temps-ci.
— Pour ceux qui l'ignorent, Constantin est un éminent webmaster. Un maître du virtuel.
— Pas tout à fait : en réalité, c'est un poisson de rivière.
— En tout cas, elle ressemble beaucoup à Lady Gaga, non ?
— C'est exactement ce qu'on appelle un film de genre.
— Sauf qu'en général je porte une casquette…
— Et toi, Lou, tu manges du porc ?
— J'ai juste décidé de ne plus me raser la barbe, c'est tout
— A cause du ski nautique ? Tu n'avais pas la licence ?
— Oui, j'ai surpris des gens qui faisaient l'amour dans mon lit.
— Comment c'est possible avec une seule main ?
— En 1964. Mais il n'a jamais revendiqué l'attentat.
— Je comprends. Hier soir, c'était La Symphonie fantastique et tout le village était là.
— Ah bon ? En Egypte alors ?
— Je croyais que tu venais voir l'expo...
— Non… J'ai été mariée une fois, mais lui ne le savait pas.
— Ça t'est déjà arrivé, Grégory ? Avec les fourmis rouges et tout ?
— Oui, mais c'est surtout dur pour son père, sa hernie ne lui laisse pas le moindre répit.
— Je ne crois pas, il a commencé le judo à trois ans.
— Il paraît qu'à cette époque, les orgies étaient monnaie courante
— Tombeau !
— Ouvrez le tombeau.
— "Faire l'amour" et "orgie".
— Tombeau. Veuillez relancer le goupillon s'il vous plaît.
(Sixième manche)
— Constantin, c'est comment de travailler pour Jeanne et Joris ?
— En tout cas, j'attends toujours l'avance qu'ils m'ont promise.
— Mais tu sais, on a des problèmes de liquidité. L'association est en état de faillite virtuelle.
— Déjà ? Je croyais que ton train avait du retard à cause de la grève des cheminots.
— Non, d'après Dumézil, c'est au Moyen-Âge que ça a vraiment commencé.
— Mais j'ai des souvenirs noirs...
— Attention quand même à ne pas te brûler.
— Tu fais quel genre de yoga, Cecilia ?
— Cela s'appelle L'insurrection qui vient. C'est publié à La Fabrique.
— Mais nous sommes bien plus de 343 salopes !
— Viviana, c'est pas un peu hégélien, comme remarque ?
— Si tu veux, mais à ta place je ne m'approcherais pas trop près de ses petits.
— Pourquoi, il conteste la Résurrection ?
— C'est surtout qu'on ne voit pas bien comment il a pu gagner tant d'argent en si peu de temps…
— C'est comme mes voisins du dessus : ils jouent beaucoup aux dames.
— Comment tu peux savoir ce qu'il se passe dans le cœur de ta grand-mère ?
— Oh, tu sais, les années 70 sont très surestimées, à mon avis.
— Et à la piscine, ça ne te pose pas de problème ?
— Non, ça commence toujours par ce genre de phrase : "Chers compatriotes..."
— Et ça finit toujours par une publication dans Science ou dans La Recherche...
— Vendredi, un intérimaire est mort dans un broyeur à viande.
— Mon père a fait beaucoup de football quand il était adolescent.
— Tu veux dire que tu n'as pas dormi depuis trois jours ?
— Je réfléchis trop, parfois ; cela me vaudra des ennemis.
— Tu as aussi des problèmes de cheveux, on dirait ?
— Comme toujours dans ce genre de jeu...
— Et voilà : la foule est dispersée à coup de lacrymo et de canons à eau.
— Tombeau !
— Ouvrez le tombeau.
— "Insurrection" et "foule dispersée à coup de lacrymo et de canons à eau"
— Flambeau !
(Ce texte a été écrit à partir d'une partie de Tombeau jouée en clavardage le dimanche 13 et le mardi 15 septembre 2009. Y ont participé : Lou Forster, Viviana Moin, Valentina Desideri, Cecilia Bengolea, Adrien Bardi Bienenstock, Grégory Castéra, Constantin Alexandrakis, Lenio Kaklea, Nariman Hatami, Joris Lacoste et Jeanne Revel).